Bruxelles, championne des embouteillages ?

Activité 6 : Un marché de l'emploi déconnecté des habitants ?

Si le rôle de capitale nationale et européenne a permis la création de nombreux emplois liés notamment à la concentration d’ambassades, d’institutions internationales et de holdings financiers, il y a une grande déconnexion entre ces secteurs et les besoins en matière d’emploi de la population de la Région bruxelloise. Le rôle important des fonctions internationales de la ville ne doit pas faire oublier que le commerce, le service aux personnes et les services non-marchands (hôpitaux, éducation...), qui constituent des secteurs de l’économie résidentielle et présentielle, fournissent de l’emploi à de nombreux Bruxellois.

L’Hôpital Érasme à Bruxelles. Bruxelles est un important pôle hospitalier, qui offre ses services bien au-delà de la Région. © Frédéric Raevens

Depuis les années 1990, la nature des problèmes socio-économiques de Bruxelles a partiellement changé. La crise de l’industrie est derrière et elle retrouve des performances économiques élevées, supérieures même à la moyenne nationale et à celle des autres villes belges (à l’exception de Gand). Pourtant, les inégalités sociales s’accroissent et les indicateurs sociaux continuent à se dégrader. Comme tu le verras sur le graphique suivant, le chômage augmente et devient structurel. Le taux de chômage à Bruxelles est nettement supérieur à celui des deux autres Régions.

Evolution (en %) du taux de chômage à Bruxelles, dans la périphérie (Hal-Vilvorde et Brabant wallon), en Flandre, en Wallonie et en Belgique entre 1991 et 2020. (Taux de chômage selon la définition EUROSTAT (Enquête sur les forces de travail) à partir de 1999 et ajustement de celle-ci entre 1991 et 1998). Source : VANDERMOTTEN C., Bruxelles, une lecture de la ville. Bruxelles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2014, p. 66


Tu te demandes certainement quelles sont les causes de ce paradoxe qui fait de Bruxelles un ville productrice de richesse mais confrontée à d’importants enjeux socio-économiques. Pour les découvrir, lis l’extrait de texte suivant :

Comment la croissance économique génère des inégalités sociales

« Premièrement, le modèle de croissance contemporain apparaît de plus en plus excluant et générateur d’inégalités sociales. Il s’agit d’une rupture importante avec le modèle de croissance d’après-guerre qui générait le plein emploi et s’accompagnait d’une forte diminution des inégalités sociales. Nous pouvons noter pour Bruxelles la présence d’une très forte croissance d’emplois qualifiés et la diminution des emplois manuels peu qualifiés. Il en résulte sur la période 1991‑2001 [...] l’exclusion croissante du marché du travail des personnes faiblement qualifiées. Mais ce mécanisme seul ne suffit sans doute pas à rendre compte de la complexité des évolutions observées [...] En effet, les emplois peu ou faiblement qualifiés créés dans le tertiaire se distinguent par leur degré de précarité et de féminisation, ainsi que par la faible organisation de la main-d’œuvre qui y est employée (secteur social, commerce de détail et horeca, construction…) [...]. Il en résulte une dégradation générale de la situation des travailleurs faiblement qualifiés. Notons aussi que ce modèle de croissance est peu créateur d’emplois, si bien que dans la Région de Bruxelles-Capitale une croissance de 1 % de la valeur ajoutée ne permet qu’une croissance de 0,5 % de l’emploi. Deuxièmement, [...] les inégalités socio-spatiales croissantes augmentent les difficultés des personnes résidentes des quartiers les plus défavorisés. Toutes choses égales par ailleurs en termes de nationalité, d’âge ou de diplôme, elles ont une probabilité bien plus forte que les autres d’être au chômage. Dès lors, la très forte concentration spatiale de personnes en difficulté à Bruxelles ‑ à un niveau bien supérieur à celui des autres villes belges – y accentue probablement les difficultés sociales. »

Ce texte est un extrait d’un article publié en ligne dans la revue électronique Brussels Studies. Pour en apprendre un peu plus, nous te conseillons vivement de lire l’ensemble de cet article : Gilles Van Hamme, Isaline Wertz et Valérie Biot, « La croissance économique sans le progrès social : l’état des lieux à Bruxelles », Brussels Studies [En ligne], Collection générale, n° 48, mis en ligne le 28 mars 2011.

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Modifié le: mercredi 31 mars 2021, 10:54