Bruxelles, ville administrative et nid d'espions ?

Activité 4 : Nouveaux et anciens lieux de pouvoir en débat

Les bâtiments des pouvoirs publics sont des objets de culture politique, un miroir du pouvoir que leurs occupants détiennent. Ils ont donc des significations explicites et implicites. En d’autres termes, leur situation géographique dans la ville n'est pas seulement fonctionnelle, elle est aussi porteuse d’un message politique sous-jacent (par exemple, la volonté d’être très visible au cœur de Bruxelles). Ainsi, toute la symbolique (les drapeaux, l'architecture du bâtiment, sa dénomination, etc.) participe à la stratégie de communication du pouvoir public concerné.

Découvre dans les paragraphes suivants les politiques de présence qui ont été menées par les différentes autorités à Bruxelles.

La place des Martyrs

La place des Martyrs à Bruxelles
© Giorgio Galeotti, CC BY 4.0

La place des Martyrs (ancienne place Saint-Michel) a été construite en 1774-1776. Il s'agit d'un excellent exemple de néo-classicisme dans lequel on peut admirer la symétrie, l'uniformité de l'ombre, la même hauteur de toit, etc. C’est en 1831 qu’elle prit son nom actuel de place des Martyrs, en hommage aux victimes tombées lors de la Révolution belge de 1830. En 1994, le gouvernement flamand a transféré sur cette place plusieurs de ses cabinets ministériels. Un choix tout sauf anodin : la lettre de politique 1995-1999 du gouvernement flamand à Bruxelles précise : « Là où sont enterrés les héros de la Révolution belge, flotte maintenant le drapeau au lion ».

Cette citation illustre parfaitement le fait que le choix de l’implantation des institutions gouvernementales dans la ville n’est pas le fruit du hasard, mais d’une politique de présence délibérée. Il est intéressant de souligner que la Commission communautaire française (COCOF) a rapidement décidé de financer un théâtre ainsi qu'une librairie sur la même place. Sur la carte suivante, retrouve les différentes composantes de la place des Martyrs.

Tour et Taxis : une zone stratégique pour Bruxelles

Vue aérienne du site de Tour et Taxis (2006). © Port de Bruxelles

En 1897, la commune de Bruxelles annexe une partie de la zone portuaire aux dépens des communes de Laeken et de Molenbeek-Saint-Jean. A partir de 1900, on y construira le site de Tour et Taxis selon les techniques et dans les matériaux les plus modernes de l’époque. Dominé par le superbe Entrepôt royal, visible depuis la ville et qui jouxte l’Entrepôt A (dont la charpente constitue une prouesse architecturale) et par l’une des plus grandes gares de marchandises d’Europe, cette gare maritime achevée en 1910 est due aux architectes Constant Bosmans et Henri Vandeveld.

Le site devint une importante plaque tournante nationale et internationale pour le stockage, le transbordement et le dédouanement des marchandises. Les dernières activités logistiques ont cessé en 2000 et les bâtiments ont été reconvertis. Une quarantaine d’entreprises se sont installées dans l’Entrepôt royal. Le reste de l’espace a été utilisé pour l’accueil de grands événements publics (foire du livre, foire des antiquaires, etc.). Ce site multifonctionnel est également destiné à accueillir des logements, des bâtiments de plusieurs administrations et un parc public.

Le complexe de bureaux Herman Teirlinck, Avenue du Port à Bruxelles. © Romaine, CC0

En 1997-1998, la volonté du gouvernement flamand de développer une politique de « présence reconnaissable » à Bruxelles l’avait déjà conduit à regrouper quelques 24 000 fonctionnaires dans des bâtiments situés le long de l'actuelle avenue du Roi Albert II, à proximité de la gare du Nord. Plus récemment, il a choisi de déplacer une partie de ses services administratifs vers le site prestigieux de Tour et Taxis. Le nouveau complexe de bureaux (2 500 fonctionnaires) Herman Teirlinck Building - qui fait référence à un fondateur de l'école de théâtre anversoise né à Molenbeek - a ainsi été établi sur l'avenue du Port. Il illustre à nouveau la pérennité des choix immobiliers du gouvernement flamand. Une manière de souligner qu’il « ne laissera pas partir Bruxelles ».

Il est intéressant de noter que l’immeuble flamand jouxte le bâtiment de Bruxelles Environnement, qui témoigne à sa manière de la volonté de la Région de Bruxelles-Capitale d’affirmer sa présence sur ce très beau site. Grâce à cette carte, retrouve tous les bâtiments emblématiques du site Tour et Taxis.

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Modifié le: mercredi 31 mars 2021, 12:16