Bruxelles, capitale la plus verte d'Europe ?

Activité 2 - Bruxelles, hotspot de biodiversité ?

Pour entamer ce chapitre, dressons quelques constats sur la présence (ou l’absence) de biodiversité à Bruxelles. Comme tu le verras, nous veillerons à faire des liens entre ces constats d’une part, et l’histoire de Bruxelles, le dérèglement climatique et les inégalités sociales d’autre part. Les paramètres liés à la nature, l’environnement, la biodiversité, l’air ou les sols doivent en effet être observés en tenant compte de la sociologie des quartiers concernés, de leur histoire, ainsi que d’évolutions plus globales que l’on observe à Bruxelles comme ailleurs dans le monde.

Commençons par LA question : Bruxelles abrite-t-elle une grande biodiversité ? Pour y répondre, nous observerons d’abord les espaces verts et les sols. Dans les activités suivantes, nous nous intéresserons à  l’eau et à  l'air à Bruxelles.

Les espaces verts

Il existe à Bruxelles de nombreux espaces verts de différents types : forêts, bois, parcs,  terrains de foot, cimetières, jardins privés (32 % des espaces verts à Bruxelles !), talus de chemins de fer, friches, grands domaines privés, pelouses… Pense à ces espaces que tu fréquentes parfois et aux différents usages que l’on en fait.

Tu voudrais découvrir les espaces verts à Bruxelles ? N’hésite pas à consulter le site internet Brussels Gardens développé par Bruxelles Environnement, qui reprend tous les espaces verts à Bruxelles ainsi que de nombreuses promenades, en renseignant les équipements mis à la disposition des promeneurs, les éventuels horaires ainsi que l’histoire de chaque espace.

Après cet aperçu des différentes fonctions, regardons de plus près un espace vert remarquable : la forêt de Soignes. Située à cheval sur les trois Régions de Belgique (n’hésite pas à retourner voir la Section 1 sur les Régions en Belgique), la forêt de Soignes s’étend sur de plus de 5 000 hectares, dont environ 1 660 hectares sur la Région bruxelloise. Ce territoire exceptionnel est un lieu chargé d’histoire où les Ducs de Brabant et l’aristocratie se retrouvaient au 13ème siècle pour pratiquer la chasse, souvent la vénerie. De nombreuses rues situées dans les communes de l’est de Bruxelles rappellent d’ailleurs ce passé comme tu peux le voir sur cette carte.

Cartographie : Société royale belge de cartographie, 2024

Afin de maintenir les meilleures conditions pour cette activité, la forêt était protégée par diverses mesures limitant notamment la coupe de bois ou la chasse par les habitants. Cette dernière activité était en effet réservée aux Ducs et aux Seigneurs dans la forêt de Soignes. Mais la forêt a aussi été très fortement exploitée pour fournir la ville et l’État en bois d'œuvre, dans des proportions parfois menaçantes pour la régénération des arbres. Les autorités successives ont ainsi régulièrement planté de nouveaux arbres. Certaines parties de la forêt n’ont plus grand chose de “naturel” et ressemblent parfois à de grandes monocultures d’arbres ! Mais la forêt a incontestablement gardé certaines caractéristiques très anciennes, notamment dans sa topographie et la composition de ses sols qui n’ont jamais été exploités par endroits. Si tu veux en savoir plus sur l’histoire de la forêt de Soignes, n’hésite pas à lire ce petit document édité par Bruxelles Environnement : la forêt de Soignes

Aujourd’hui, l’impact de la forêt de Soignes sur les indicateurs liés aux espaces verts à Bruxelles  est très important. Voici quelques chiffres qui permettent de percevoir cette influence. Pourras-tu deviner instinctivement leur classement dans ce tableau ? Dans la première colonne, place les valeurs avec la forêt de Soignes, et dans la seconde colonne, les valeurs sans la forêt de Soignes.

Tu le vois, la forêt de Soignes tire tous les indicateurs vers le haut, parfois de façon considérable. Affirmer que Bruxelles est une « ville verte » est donc principalement dû à l’empreinte de cette forêt. Pourtant, cette forêt ouverte au public est située à la périphérie sud-est de Bruxelles et n’est donc pas aussi simple d’accès pour tous les habitants de la Région. C’est une constante à Bruxelles : les espaces verts sont globalement situés en périphérie de la ville. Les quartiers centraux (le Pentagone et la Première Couronne, voir la Section 1) sont peu fournis en espaces verts, à l’exception du Parc de Bruxelles. Ce sont pourtant les quartiers de Bruxelles les plus densément peuplés. Dans les quartiers dits du « croissant pauvre », le revenu par habitant est également le plus faible (souviens-toi de la Section 2). Nous en reparlerons un peu plus loin, mais retiens déjà que Bruxelles n’est pas une ville verte de la même façon pour l’ensemble de ses habitants, comme tu peux l’observer sur les différentes cartes ci-dessous :

Cartographie : Société royale belge de cartographie, 2024

Tu remarqueras que les sites du réseau européen Natura 2000 ne représentent qu'une partie des sites à haute valeur biologique...

Reconnecter les espaces verts

La plupart des espaces verts à Bruxelles sont fragmentés, y compris la forêt de Soignes qui est traversée par différents axes routiers. Cette situation entraîne une forte mortalité des petits animaux comme des grenouilles, crapauds, renards, tritons, pigeons, hérissons ou fouines. Les grands mammifères sont également impactés par cette fragmentation qui limite leur espace de déplacement et ne correspond pas à leurs habitats familiers. Plusieurs projets menés notamment par la Région flamande mais aussi par Bruxelles Environnement visent à reconnecter les espaces verts par le biais notamment d'éco-ponts et de tunnels pour animaux. Le développement d’un « maillage vert » initié par Bruxelles Environnement en 1996 consiste à “créer des espaces verts là où il en manque, puis de relier tous ces espaces entre eux de la manière la plus conviviale possible : mettre de la verdure le long des axes de pénétration en ville, aligner des arbres le long des boulevards, améliorer trottoirs et pistes cyclables, profiter des cours d’eau et de leurs berges, des voies de chemin de fer, des avenues plantées existantes…” (Bruxelles Environnement).


La reconnexion des espaces verts concerne également les êtres humains : la Promenade verte en est un exemple. Son itinéraire fait le tour de la Région de Bruxelles-Capitale en reliant différents espaces (semi-)naturels afin que les piétons et les cyclistes soient presque toujours sur un parcours sécurisé et balisé. Regarde cette petite vidéo pour découvrir l’itinéraire de la Promenade verte :

Les sols 

Les sols

Regardons d’abord brièvement la qualité des sols à Bruxelles. Tu viens de voir que 52 % des sols bruxellois sont couverts de végétation mais  tous ne présentent pas la même biodiversité (par exemple entre un terrain de foot et une friche, l’écart est important). Les sols pollués par différentes industries constituent aussi un enjeu important pour la Région qui s’attèle à les dépolluer depuis 2005.

Les catégories correspondent à ceci :
Catégorie 0 : parcelles potentiellement polluées
    Ces terrains n’ont pas encore été étudiés : le sol peut avoir été pollué. En cas de vente ou de fin d’activité sur le terrain, notamment, vous devez vérifier si le sol est réellement pollué en faisant établir une reconnaissance de l’état du sol par un professionnel en pollution du sol.
     
Catégorie 1 : parcelles non polluées
    Le sol a été étudié et respecte les normes d’assainissement : les risques pour la santé humaine et pour l’environnement sont considérés comme nuls et toutes les utilisations du terrain sont possibles.

Catégorie 2 : parcelles légèrement polluées sans risques
    Les concentrations en polluants sont très faibles : les risques pour la santé humaine et pour l’environnement sont négligeables. Toutes les utilisations sont possibles. Mais vous ne pouvez pas réutiliser la terre de cette parcelle sur un autre terrain bruxellois.

Catégorie 3 : parcelles polluées sans risques
    Le sol est pollué, mais les risques sont tolérables. Vous devez respecter certaines restrictions d’usage, par exemple :  ne pas y cultiver un potager ou y construire une cave, ne pas installer une tuyauterie d’eau potable ou y implanter un logement sans gérer les risques de pollution.

Catégorie 4 : parcelles polluées en cours d’étude ou de traitement
    Le sol est pollué. Des études, un assainissement, un traitement ou un suivi des mesures de dépollution y sont en cours. En cas de vente, vous devez disposer obligatoirement d’une étude de sol déclarée conforme. La personne qui achète ou celle qui cède le terrain doit aussi s’engager à exécuter la suite des obligations de traitement fixés par Bruxelles Environnement et avoir constitué une garantie financière pour le faire.
[source : Bruxelles Environnement, en ligne]

Si l’on regarde l’occupation des sols, des tensions sont parfois observées entre protection de la biodiversité et projets de construction. Les friches, ces terrains laissés (temporairement) à l’abandon et que tu prends parfois pour un terrain recouvert de mauvaises herbes, sont souvent des lieux de grande biodiversité tant pour la flore (plantes, arbres) que pour la faune (insectes, oiseaux, petits mammifères). Nous reviendrons dans l’activité 8 sur les mobilisations sociales menées pour conserver et protéger ces espaces.

Pour terminer cette première activité, observe attentivement cette carte qui reprend l’ensemble des toponymes actuels en Région de Bruxelles-Capitale ayant un lien avec l’environnement :

Cartographie : Société royale belge de cartographie, 2024

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