Activité 7 : La nature à l’épreuve : régulation et luttes écologiques
Bruxelles, capitale la plus verte d'Europe ?
Activité 7 - La nature à l’épreuve : régulation et luttes écologiques
Les multiples crises planétaires que nous connaissons aujourd’hui (dérèglement climatique, perte de biodiversité, épuisement des ressources et des combustibles fossiles, conflits armés, crises sanitaires et humanitaires) nous obligent à devoir trouver urgemment des solutions collectives et agir à différentes échelles (locale, régionale, mondiale). Face à l’ampleur des menaces et des défis à relever dans l’urgence, certaines personnes ressentent une grande détresse appelée éco-anxiété.

Photo : Fresque de Eva Roussel du Parcours BD inaugurée en 2021 à Laeken et intitulée « Solastalgie » , de l’anglais ‘solace’, ce qui nous réconforte, et ‘-algie’, la crainte de perdre quelque chose. L’autrice a expliqué lors de l’inauguration que les fleurs représentées sur cette fresque n’ont pas été choisies au hasard. Elle a représenté des camomilles pour l’apaisement et l’anti-anxiété ; de la bourrache pour le courage et l’action ; des anémones pour l’espoir et la protection ; de la bruyère pour la joie de la communauté ; et des primevères pour le renouveau et la jeunesse. © Parcours BD de la Ville de Bruxelles. En ligne : https://www.parcoursbd.brussels/fresques/solastalgie/
Le concept d’éco-anxiété a été décrit pour la première fois en 1997 par la chercheuse belgo-canadienne Véronique Lepaige. Elle explique qu’il s’agit « d’une maladie, … une souffrance individuelle avec des troubles associés. Il y a des gens qui deviennent phobiques, extrêmement angoissés ». Cette angoisse engendre de l’inquiétude, de la vigilance, de la colère et un sentiment d’impuissance.
Tu te sens concernée par cette description ? Tu ressens du fatalisme, un profond sentiment de découragement, de la colère et une grande anxiété en pensant au dérèglement climatique ? Si c’est le cas, ne reste pas seul.e avec ces pensées extrêmement lourdes à porter. Tu peux notamment demander de l’aide auprès de psychologues ou rejoindre des groupes d’action, il en existe beaucoup à Bruxelles !
Pourtant, des acteurs de la société agissent et se mobilisent pour relever ces défis et lutter contre les effets du dérèglement climatique. Cette capacité des groupes et des communautés à prospérer et à s’unir en temps de crise est appelée la « co-resilience ». Le rôle des organisations et des citoyens est essentiel. Après avoir vu de nombreux aspects liés au contexte environnemental à Bruxelles, nous allons maintenant nous pencher sur la nature sous le prisme des institutions, des organisations, des collectifs et associations qui tentent de gérer l’environnement à Bruxelles, de le réguler, d’initier des actions, de se mobiliser et de contester certains choix.
1. Réguler l’environnement à Bruxelles
La Région de Bruxelles-Capitale a été créée en 1989. Cette institutionnalisation assez récente a permis de prendre en compte les divers enjeux environnementaux de manière plus transversale. La Région s’est alors dotée d’un service public pour la gestion de l’environnement : Bruxelles Environnement (BE). Aujourd’hui situé à Tour & Taxis dans un bâtiment passif, Bruxelles Environnement rassemble plus de 1 300 employés et produit de très nombreuses enquêtes, publications et données sur l’environnement à Bruxelles, qui ont d’ailleurs constitué une partie des sources pour rédiger cette section. Ecoutons cette courte interview de Serge Kempeneers, ex-Directeur de Bruxelles Environnement, qui était en 2023 Président du Conseil de l'Environnement de la Région de Bruxelles-Capitale :
Bruxelles Environnement est chargé de mettre en place la politique environnementale de la Région à travers trois axes : protéger les ressources naturelles ; gérer le territoire de manière plus écologique ; et lutter contre le dérèglement climatique au niveau bruxellois. Il regroupe sous une seule coupole les domaines d’activités suivants :
- Faune et flore : la nature et la biodiversité, la gestion des espaces verts et zones naturelles, la gestion des cours d’eau non navigables, le bien-être animal.
- Transformation durable : la lutte contre le changement climatique, l’approche intégrée pour une ville durable, la gestion des eaux de pluie et la lutte contre les inondations ;
- Agir éco-responsable : l’alimentation durable et l’agriculture urbaine, la planification de la gestion des déchets et l’économie circulaire, la production, la construction et la consommation durables.
- Protection de la santé et rénovation : les ondes électromagnétiques, les nuisances sonores et vibratoires, l’amiante, les sols, la qualité de l’air, l’énergie.
Pour ces domaines, Bruxelles Environnement est l’administration chargée de la régulation des enjeux environnementaux. Au-delà du monitoring et de la veille sur l’évolution de ces enjeux à travers des études, BE décourage certains comportements (par exemple, en sanctionnant le non-respect du seuil de déciBels autorisés lors de survols en avion) et encourage d’autres comportements (par exemple, en attribuant des primes financières pour la rénovation de bâtiments mal isolés).
2. Initier
La Région de Bruxelles-Capitale encourage aussi certaines initiatives avec sa stratégie Good Food adoptée en 2015 qui vise notamment à favoriser l’agroécologie (une technique agricole qui cherche à renforcer l’écosystème), à promouvoir une alimentation saine (notamment dans les cantines scolaires) et à encourager les ménages à produire leurs aliments dans des petits potagers urbains.
De nombreux potagers privés et collectifs ainsi que de maraîchages professionnels voient ainsi le jour à Bruxelles, développant la production alimentaire par les particuliers et les circuits courts. En 2018, 15 % des Bruxelloises et des Bruxellois déclarent produire eux-mêmes une partie de leur alimentation, tandis que Bruxelles Environnement mettait 373 parcelles à disposition d’habitants pour réaliser un potager.

3. Contester et se mobiliser
Parallèlement aux potagers, des maraîchers professionnels pratiquent également de l’agriculture urbaine à Bruxelles. S’il n’existe pas beaucoup de fermes, il faut tout de même souligner le caractère exceptionnel de leur présence au cœur d’une capitale. Leur installation est généralement freinée par le manque d’espaces disponibles dans des métropoles connaissant une forte pression immobilière, ainsi que par le prix de la terre.
Pour répondre à cette problématique cruciale dans l’agriculture, des associations comme Terre-en-vue rachète des terres agricoles et les mettent ensuite à disposition d’agriculteurs à des loyers définis hors du marché, soit à des tarifs très accessibles. Terre-en-vue a ainsi acquis plusieurs terres à Bruxelles ou dans sa périphérie immédiate et a permis à divers acteurs de s’installer et de cultiver des fruits et des légumes : CourJette, Hierba Buena Tisanes, les Garçons Maraîchers, Les Simples Jettoises, RadisKale, Smala Farming, Voie lactée ou encore la ferme du Chant des Cailles. D’autres fermes bruxelloises combinent le maraîchage avec des missions sociales, comme la Ferme Nos Pilifs qui engage des personnes porteuses d’un handicap, le Début des Haricots, la ferme du Parc Maximilien ou la Maison verte et bleue. Il existe encore bien d’autres acteurs qui se sont implantés à Bruxelles, tels qu’Atelier Groot Eiland qui propose « FleurAkker », un champ de fleurs à Jette où chacun peut venir cueillir et créer son bouquet entre mars et octobre. Une association rassemble ainsi les professionnels de l’agriculture urbaine à Bruxelles, il s’agit de la FedeAU.

A côté de ces organismes, des citoyens ont également joué un rôle dans la gestion de l’environnement à Bruxelles, tant pour l’initiation de nouveaux projets et la mobilisation, mais aussi pour contester des pratiques ou ambitions à l’encontre de l’environnement.
Les friches sont un exemple des contestations citoyennes en matière de gestion de l’environnement. En effet, plusieurs friches se sont transformées au long des années en zones d’agriculture urbaine, voire en territoires développant une faune et flore spontanée de haute valeur biologique. Pourtant, si ces espaces n’ont pas été utilisés pendant un temps, leur futur suscite des intérêts divergents. Dans une métropole comme Bruxelles où les terrains vagues sont rares, la compétition pour trouver un espace de logements, créer un espace récréatif, implanter des activités productives, des bureaux ou des infrastructures collectives menace directement les friches. Souvent, il faut trancher entre densifier ou verduriser : pour les décideurs et développeurs immobiliers, la friche est une ressource foncière pour une densification potentielle ; tandis que pour les naturalistes, c’est une source de biodiversité essentielle pour l’écosystème urbain.
Si tu regardes attentivement les nouveaux projets urbains autour de toi, tu pourras constater que le combat autour des friches ne date pas d’hier. Un exemple est celui de l’ancien Keelbeek qui a donné place à la prison de Haren. Regarde sur ces photos aériennes l’évolution du terrain au fil des années en déplaçant le curseur vers la droite :
Ces anciennes terres agricoles ont été laissées en friche avant d’être occupées par des potagers et d’autres activités pour marquer l’intérêt de préservation du terrain lors des contestations. Sans doute que le poids symbolique de l’infrastructure choisie (une prison) a joué dans l’intensité de la contestation, d’autant qu’il s’agit ici de la plus grande prison du pays. La mobilisation contre le projet de prison au Keelbeek :
Pour d’autres friches, les contestations sont encore en cours aujourd’hui, comme c’est le cas par exemple de la friche Josaphat, du Champ des Cailles ou du Marais Wiels. Dans certains cas, des négociations permettent de préserver (une partie de) l’espace ouvert.
De nombreux citoyens sont sensibilisés aux questions environnementales. Mais tous ne se mobilisent pas en campant sur une zone en friche pour empêcher sa destruction ! Il existe d’autres façons de se mobiliser ou de contester certaines décisions au-delà de la désobéissance civile, par exemple via les associations, les comités de quartier, les initiatives citoyennes... Bien que cet indicateur puisse être trompeur, l’évolution des préoccupations écologistes dans les partis politiques, et l’évolution de la fraction Ecolo-Groen à Bruxelles, montre également que ces préoccupations prennent une place de plus en plus importante pour les électeurs et les électrices. De nombreux partis l'ont bien compris et proposent également des réponses à la crise climatique. Aujourd’hui, Ecolo-Groen n’est plus le seul parti qui porte les enjeux climatiques.
En 1982, les Écolos apparaissent pour la première fois sur 16 listes électorales communales de l’agglomération bruxelloise (qui deviendra la Région Bruxelles-Capitale en 1989). Les Écolos y obtiennent, en moyenne pour l’agglomération, 6,0 % des votes (Rowies, 1983). Depuis lors, leur poids politique a grandi, ce qui s'est traduit entre 2018 et 2024 par la présence de bourgmestres et échevins d’écolo-groen dans quelques communes bruxelloises.
De nombreux acteurs se mobilisent donc autour de l’environnement à Bruxelles : des institutions comme Bruxelles Environnement, mais aussi des collectifs, des associations, des citoyens, des chercheurs... Tous ces acteurs sont nombreux et très réactifs. Si certaines structures existent depuis de nombreuses années telles que Inter-Environnement Bruxelles créée en 1974, nous ne pouvons pas faire la liste complète des initiatives existantes ou nous devrions la mettre à jour plusieurs fois par an !
Ce qui nous paraît essentiel à retenir ici, c’est que Bruxelles est le vivier de multiples initiatives qui se mobilisent, qui sensibilisent, qui contestent et qui tentent de protéger l’environnement et la nature en ville. Cette section t’a démontré à travers plusieurs aspects l’importance vitale de cet environnement dans un milieu urbain pour contrer, diminuer ou résister au dérèglement climatique et à ses conséquences.
Mais il ne faut pas non plus croire que tous les Bruxelloises et les Bruxellois sont d’accord sur cette thématique. Il existe une part importante de la population qui n’est pas sensible à ces enjeux, voire qui s’y oppose frontalement. Divers exemples en Europe montrent que ces tensions doivent être sérieusement prises en compte : la sécheresse exceptionnelle que connaît l’Espagne au début de l’année 2023 a entraîné des réactions très violentes de la population contre l’agence de météorologie espagnole accusée de véhiculer des fake news ; le président français Emmanuel Macron, rapidement suivi par le Premier Ministre belge Alexander De Croo ont demandé en mai 2023 à « mettre en pause » les mesures européennes visant à protéger l’environnement afin de ne pas impacter trop durement les secteurs entrepreneuriaux et ruraux ; les plans « azote » mis en place par les Pays-Bas et la région flamande en 2022 ont entraîné des réactions très virulentes des agriculteurs avec des conséquences politiques parfois graves ; les manifestations de tracteurs à travers l’Europe au début de l’année 2024…
Les questions environnementales à Bruxelles comme ailleurs restent des problématiques très sensibles qui demandent pourtant des réponses urgentes.
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