Activité 3 : L’immigration à Bruxelles depuis les années 1970
Bruxelles, deuxième ville la plus cosmopolite du monde ?
Activité 3 : L’immigration à Bruxelles depuis les années 1970
Le « problème » des immigrés à Bruxelles
Un peu partout à travers le monde, les périodes de crise ou de récession sont souvent marquées par la fermeture des frontières aux travailleurs étrangers et accompagnées de critiques à l’égard des non-nationaux résidant sur le territoire. La Belgique n’échappe pas à cette règle. Dès 1974, la crise économique la conduit à mettre un terme aux accords bilatéraux évoqués plus haut. A Bruxelles, la proportion d’immigrés continue pourtant à augmenter tout au long des années 1970. Les fermetures et restructurations de sites industriels en Wallonie et en Région flamande conduisent en effet de nombreux travailleurs immigrés à venir chercher du travail dans la capitale et à s’y installer dans les quartiers populaires. D’autres facteurs expliquent aussi cette augmentation de la proportion d’immigrés, comme les mesures de regroupement familial, un taux de natalité (initialement) plus élevé que dans la population belge ainsi que la poursuite de la périurbanisation qui conduit un nombre croissant de résidents belges à quitter la ville pour sa périphérie.
Mais la crise économique des années 1970 et 1980 entraîne un nombre croissant de tensions et de conflits. Les populations immigrées qui avaient été invitées en Belgique pour répondre à la demande de main d’œuvre et qui s’y étaient ensuite établies font l’objet de vives critiques de la part de certains groupes extrémistes qui considèrent que leur présence est illégitime. Des pratiques discriminatoires, voire un racisme politique, institutionnel ou même social, se développent, certaines communes bruxelloises allant jusqu’à refuser d'inscrire des immigrés dans leur registre de population, ce qui soulève de vives controverses.
Roger Nols, bourgmestre de Schaerbeek (1970-1989) arrivant à dos de chameau devant son hôtel de ville. Une mise en scène caricaturale diffusée par la télévision belge le 31 décembre 1986 et à travers laquelle le bourgmestre voulait dénoncer les conséquences qu’auraient selon lui l’octroi du droit de vote aux populations n’ayant pas la nationalité belge. © Tractothèque
Face à cet extrémisme, l’État belge adopte quelques timides mesures visant à faciliter l’intégration de ces populations. En 1981 par exemple, la loi contre le racisme et la xénophobie est votée. En 1984, l’État assouplit les conditions pour obtenir la nationalité belge. Désormais, un enfant né en Belgique peut obtenir la nationalité belge même si ses parents sont de nationalité étrangère. On parle de « droit du sol » , en complément du « droit du sang » . L’État belge procède donc à la naturalisation en combinant ces critères, ce qui permettra à de nombreux immigrés d’accéder à la nationalité belge (et donc d’obtenir le droit de vote, ce qui aura un impact sur la vie politique bruxelloise). Si l’efficacité de ces « politiques d’intégration » est parfois questionnée, elles reflètent tout de même une attention plus grande du monde politique à la lutte contre les discriminations et pour l’intégration.
Depuis la chute du Mur en 1989
La dernière décennie du 20ème siècle et les premières années du 21ème siècle sont notamment marquées par les conséquences de la chute du Mur de Berlin (1989) qui facilite la circulation des populations européennes. La population bruxelloise continue ainsi à se diversifier comme tu peux l’observer dans le tableau suivant où les catégories « Pologne » et « autres pays » d’Europe témoignent de l’arrivée de populations venant notamment d’Europe de l’Est et des pays de l’ex-URSS.
Les nationalités présentes dans la Région de Bruxelles-Capitale entre 1990 et 2005
Pol Zimmer, “Les évolutions démographiques et socio-économiques de la Région de Bruxelles-Capitale depuis 1990”, Courrier hebdomadaire du CRISP, 2007/3 n° 1948-1949, p. 14.
Disponible en ligne.
Entre 2000 et 2018, ce sont les ressortissants des nouveaux États membres dont le nombre augmente le plus parmi les citoyens de l’Union européenne présents à Bruxelles. Représentant en 2018 près de 85 000 personnes, soit 7,2 % des habitants de la Région, ils jouent à leur tour un rôle déterminant dans la croissance de la population bruxelloise.
Les pays membres de l’Union européenne
Les élargissements de l’Union européenne. © Kolja21, Domaine public.
Si tu souhaites en savoir plus sur les ressortissants européens à Bruxelles, nous t’invitons à lire cet article publié dans la revue électronique Brussels Studies en 2019 : Charlotte Casier, « La transformation des structures démographiques et de la géographie des Européens à Bruxelles entre 2000 et 2018 ».
Il faut enfin noter qu’aux groupes de migrants évoqués ci-dessus se sont aussi ajoutés, au tournant des 20ème et 21ème siècle, un nombre croissant de réfugiés officiellement reconnus (ou dont la demande visant à obtenir ce statut a été rejetée) ainsi que d’autres migrants sans papiers qui n’ont pas bénéficié des différents cycles de régularisation. Ils proviennent principalement d’Amérique du Sud, d’Afrique et du Moyen-Orient. Le tableau ci-dessous, illustre par exemple la rapide augmentation des demandeurs d’asile dans la Région de Bruxelles-Capitale.
Part bruxelloise des demandeurs d’asile repris au registre d’attente entre 1996 et 2002
Pol Zimmer, "Les évolutions démographiques et socio-économiques de la Région de Bruxelles-Capitale depuis 1990", Courrier hebdomadaire du CRISP, 2007/3 n° 1948-1949, p. 17.
Disponible en ligne.
Les étrangers à Bruxelles aujourd’hui
La population de la Région de Bruxelles-Capitale est donc très diversifiée. En 2018, 180 nationalités différentes s’y cotoyaient. Tu peux visualiser les principales d’entre elles dans le graphique suivant :
Les principales nationalités étrangères présentes en Région de Bruxelles-Capitale en 2018. Source : Mini-Bru de l’IBSA de 2019, disponible en ligne.
Souviens-toi que nous parlons ici de nationalités actuelles.
Comme tu l’observes, les Français constituaient en 2018 la première communauté étrangère de l'Union européenne présente à Bruxelles (si on prend comme critère la nationalité actuelle des habitants). Entre 2000 et 2018, leur nombre a pratiquement doublé, passant de 35 000 à 65 000 personnes, soit 22 % de l’augmentation des effectifs européens. Les personnes de nationalités roumaine et italienne occupent respectivement la deuxième et la troisième place dans les communautés européennes les plus représentées dans la population bruxelloise. Celles ayant la nationalité marocaine forment quant à elles la communauté non-européenne la plus importante de la Région.
L’ensemble de ces données te montrent à quel point la population bruxelloise est diversifiée ! Peu importe le critère choisi, une grande majorité des résidents bruxellois a des racines à l'étranger.
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