Activité 6 : La participation politique des Bruxellois d’origine étrangère
Bruxelles, deuxième ville la plus cosmopolite du monde ?
Activité 6 : La participation politique des Bruxellois d’origine étrangère
Si comme tu viens de le voir les personnes d’origine étrangère présentes à Bruxelles subissent diverses discriminations (dans l’accès au logement, à l’embauche, à l’emploi…), elles sont par contre aujourd’hui relativement bien représentées sur le plan politique, tant au niveau communal que régional.
L’acquisition du droit de vote pour les résidents étrangers
Depuis 2000, les Bruxellois ayant la nationalité d’un pays membre de l’Union européenne ont le droit de voter et de se présenter sur les listes électorales au niveau communal. Les Bruxellois de nationalité extra-européenne n’ont obtenu qu’en 2004 le droit de voter aux élections communales moyennant une série de conditions supplémentaires (résider en Belgique depuis au moins cinq ans, avoir un titre de séjour en règle, être inscrit au registre de la population ou des étrangers, s’engager sur l’honneur à respecter la Constitution belge et la Convention européenne des droits de l’Homme). Ils ont pu voter pour la première fois lors du scrutin communal de 2006.
Regarde attentivement ce dépliant invitant les résidents de nationalité européenne à voter aux élections communales de 2018 à Bruxelles.
Malgré des conditions plus restrictives, les Bruxellois de nationalité extra-européenne ont tendance à participer plus activement à la politique locale que les résidents européens, même dans les communes où ces derniers sont nombreux comme à Etterbeek et à Ixelles.
Dans le tableau ci-dessous, tu peux observer les « Top 5 » de la participation politique des personnes qui n’avaient pas la nationalité belge lors des dernières élections communales en 2018 à Bruxelles.
La participation électorale des étrangers selon leur nationalité lors des dernières élections communales de 2018 à Bruxelles
| 30% | |
| 30 % des personnes de nationalité guinéenne à Bruxelles étaient inscrits en 2018 sur les listes d’électeurs. | |
| 29% | |
| 29 % des personnes de nationalité allemande à Bruxelles étaient inscrits en 2018 sur les listes d’électeurs. | |
| 25% | |
| 25 % des personnes de nationalité congolaise à Bruxelles étaient inscrits en 2018 sur les listes d’électeurs. | |
| 25% | |
| 25 % des personnes de nationalité algérienne à Bruxelles étaient inscrits en 2018 sur les listes d’électeurs. | |
| 24% | |
| 24 % des personnes de nationalité néerlandaise à Bruxelles étaient inscrits en 2018 sur les listes d’électeurs. |
1République démocratique du Congo
Article publié par Véronique Lamquin et Cédric Petit dans le journal Le Soir. Publié le 23/10/2018 et disponible en ligne. Les chiffres sont calculés sur la base des chiffres publiés par le Ministère de l’Intérieur pour les communes belges et sur les données de la population publiées par l’IBSA.
Sur les cinq nationalités les plus actives lors du dernier scrutin communal, trois d’entre elles ne font donc pas partie de l’Union européenne (la Guinée, la République démocratique du Congo et l’Algérie). En matière de citoyenneté active, les Européens qui vivent au cœur même de l'Union européenne semblent donc moins présents que certains non-européens.
L’exercice de mandats politiques par des personnes d’origine étrangère
Rappelle-toi qu’aujourd’hui seuls les citoyens belges (et pour les élections communales les citoyens européens) ont le droit de se présenter aux suffrages des électeurs. Toutefois, depuis le milieu des années 1990, on observe à Bruxelles un phénomène intéressant : l’augmentation du nombre de citoyens belges d’origine extra-européenne qui se présentent lors des différentes élections (communales, régionales, législatives, européennes) et réussissent à se faire élire voire à intégrer certains exécutifs. Cette forte représentation politique fait de Bruxelles un cas tout à fait unique tant sur la scène européenne que mondiale.
Tract de Smahi Abdesselam, candidat aux élections communales de Saint-Josse-Ten-Noode en 1994, au terme desquelles il fut l’un des trois premiers élus d’origine étrangère à siéger dans son conseil communal. © Tractothèque
Les élections communales de 2000 ont marqué un tournant dans la participation politique des citoyens d'origine étrangère de la Région de Bruxelles-Capitale comme le montre le tableau suivant. En l’observant attentivement, tu remarqueras en effet la forte augmentation de la proportion de conseillers d’origine étrangère dès 2000.
Nombre et proportions d’élus d’origine extra-européenne lors des élections communales dans la Région de Bruxelles-Capitale de 1994 à 2018.
| Année de l’élection communale | Conseillers communaux d’origine étrangère (hors UE) | Total des conseillers communaux dans les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale | Proportion de conseillers d’origine étrangère (hors UE) |
| 1994 | 14 | 651 | 2,1 % |
| 2000 | 90 (principalement d'origine marocaine) |
652 | 13,8 % |
| 2006 | 138 (principalement d’origine marocaine, mais aussi d’élus d’origine turque et congolaise) |
663 | 20,8 % |
| 2012 | 161 | 685 | 23,5 % |
| 2018 | (ces données ne sont pas encore disponibles) | (ces données ne sont pas encore disponibles) | (ces données ne sont pas encore disponibles) |
Chiffres de 1994 à 2006 : REA A, 2012, p. 262. Il est important de lire ce tableau en se souvenant que les statistiques ethniques en Belgique sont interdites. Les chiffres présentés ici ne sont donc pas des chiffres officiels collectés par l’État belge, mais bien un calcul manuel basé sur les noms de famille. Chiffres de 2012 : articles de La Libre Belgique et du Vif.
Au niveau exécutif, c’est dans la commune bruxelloise de Saint-Josse-ten-Noode que sera nommé en 2012 le premier bourgmestre d’origine étrangère. Lors des élections communales suivantes (2018), quatre bourgmestres ayant des racines à l’étranger furent portés à la tête de leur commune (à Saint-Josse-ten-Noode, Ixelles, Ganshoren et Koekelberg).
Les mêmes observations peuvent être faites au niveau des élections régionales. Un nombre croissant de citoyens belges d’origine extra-européenne ont été élus au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Nombre et proportions d’élus d’origine extra-européenne lors des élections au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale de 1995 à 2019.
| Année de l’élection régionale | Parlementaires d’origine étrangère (hors UE) | Total des parlementaires de la RBC | Proportion de parlementaires d’origine étrangère (hors UE) |
| 1995 |
5 |
75 | 6,6 % |
| 1999 |
8 |
75 | 10,6 % |
| 2004 | 21 | 89 | 23,5 % |
| 2009 |
26 |
89 |
29,2 % |
| 2014 |
21 |
89 |
23,5 % |
| 2019 |
30 |
89 |
33,7 % |
Source : site internet géré par Pierre-Yves Lambert « Suffrage Universel », consulter en ligne. Les statistiques ethniques en Belgique étant interdites, les chiffres présentés ici ne sont donc pas des chiffres officiels collectés par l’État belge, mais bien un calcul manuel et en cours de construction.
Pour la première fois en 2004, un homme politique belge d'origine extra-européenne, Emir Kir, a été nommé secrétaire d'État (une sorte de « ministre-adjoint »).
Comment expliquer la représentation politique des Belges d'origine étrangère à Bruxelles ?
Certaines communes ont observé une importante diversification de leur population, comme tu l’as déjà vu. Les partis politiques présents dans ces communes ont donc ouvert leur liste électorale à ces « nouveaux Belges » afin de continuer à représenter la population de la commune, et se maintenir ainsi politiquement. Pour les partis francophones, le vote de ce nouvel électorat qui maîtrisait le français représentait aussi un enjeu dans leur concurrence avec les partis néerlandophones, ce qui les a également poussé à présenter des candidats aux origines étrangères pour capter ce nouvel électorat.
Enfin, certains chercheurs expliquent également la représentation politique des personnes d’origine étrangère par le « vote de préférence » : en Belgique, on peut voter pour une liste politique et/ou pour certains candidats de cette liste en particulier. Il apparaît que certaines personnes votent plus facilement pour des candidats dont ils ont l’impression de partager les mêmes origines, la même religion, ou la même appartenance ethnique. Certains candidats appellent ainsi leur communauté à voter pour eux en se basant sur des critères ethniques, religieux ou linguistiques, c’est ce qu’on appelle le « vote ethnique », un sujet très sensible sur la scène politique belge. Cependant, les candidats d’origine étrangère ne sont pas élus exclusivement grâce aux votes de leur communauté (Teney C, Jacobs D, Rea A, Delwit P, 2013).
Compilation de tracts électoraux incitant au « vote ethnique »
Déplace le curseur bleu sous l'image pour découvrir quelques exemples de tracts !
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